Le 21ème siècle « sera le siècle des villes ou ne sera pas » s’était exclamé l’ancien Secrétaire Général de la francophonie, Abdou Diouf. Nombre de projets d’urbanisation et d’amélioration de la qualité de vie en ville en témoignent, et pour accompagner ces changements, les initiatives de Smart City émergent. Pourtant, associer la gestion de la ville aux nouvelles technologies suscite encore des inquiétudes au sein de nos sociétés hyper connectées. Face à ces enjeux et ces contradictions, quelle est la place de l’humain dans la ville de demain ?

 

Un monde de plus en plus complexe

Les villes d’hier n’ont pas été construites en anticipant les enjeux d’aujourd’hui : augmentation de la population urbaine, des flux (mobilité, énergie…) et de l’inter-connectivité entre les territoires. La ville actuelle rencontre des problématiques multiples et complexes principalement dues à l’augmentation de sa population qui devrait avoisiner les 85% dans les pays industrialisés d’ici la fin du siècle. Une concentration qui ne sera pas sans conséquence sur notre manière de vivre, de travailler, de consommer et de se déplacer.
 
Ainsi, plus qu’une modification des comportements, la ville change de visage puisqu'elle n’est plus cet eldorado prospère issue de la révolution industrielle. Elle se doit à présent de conjuguer qualité de vie avec accès à l’emploi et au logement, multiculturalisme, gestion raisonnée des ressources et des moyens financiers.... Face à ces nombreux défis, la ville intelligente n’aura de sens que si elle est vivante, tolérante et résiliente : un enjeu global et ambitieux où les technologies ont un rôle à jouer.
 

Des données au service des citoyens

Passées les premières expérimentations « techno-centrées », il est à présent admis que « les technologies ne sont qu’un outil [au service des smart cities]», comme l’a précisé Carlos Moreno, expert international de la Smart City humaine, à l’occasion du festival MegaCities ShortDocs. Mais, la complexité technologique de ce sujet le rend souvent conceptuel et peu compréhensible, alors que son objectif est de placer le citoyen au centre des projets de Smart City pour améliorer sa qualité de vie au quotidien. 
 
Grâce aux objets connectés que l’on retrouve sur de multiples utilitaires (compteurs d’eau ou d’énergie, lampadaires, arrosages, feux tricolores...), la ville a maintenant la capacité de réunir une quantité et une qualité d’informations permettant de faciliter son fonctionnement. En connaissant mieux la vie en ville, on peut ainsi l’optimiser. Nous pouvons par exemple déterminer quel moyen de transport est le plus opportun en fonction de la distance du trajet, le trafic en temps réel et la qualité de l’air ambiant, ou encore automatiser l’éclairage public en fonction de la luminosité extérieure. Tant de petits services qui rendront notre vie en ville plus simple et plus agréable.
 
 
 

Des data au citoyen-acteur

Plus que des services automatisés, les données doivent également redonner au citoyen son rôle central au sein des villes. L’ouverture des données imposée par la loi pour une République Numérique amène les collectivités à mettre les données collectées à disposition des habitants et grâce aux outils digitaux, nous pouvons utiliser ces informations pour créer de nouveaux services et contribuer au « mieux vivre ensemble ».
 
Si devenir acteur de sa ville ne répond peut-être pas un besoin, c’est une réelle opportunité pour chacun d’entre nous de s’approprier notre environnement et de voir chaque problème comme un challenge à relever. Avec l’Open Data, les villes encouragent ainsi l’entrepreneuriat et la collaboration, et par conséquent renforcent l’économie locale. Les plateformes digitales des villes seront bientôt de véritables espaces de dialogue. L’«habitant», par cette transformation numérique, perd son sens traditionnel. Plus qu’un résident, il devient acteur de son quartier. Il peut contribuer à la propreté en signalant les détritus sur la voie publique, ou renforcer la sécurité en avertissant d’un éventuel incident. De même, en s’appuyant sur les informations mises à leur disposition, les entreprises peuvent innover en cohérence avec les besoins des usagers.  Via l’entrepreneuriat et l’intrapreneuriat, l’ouverture des données est également un pourvoyeur d’emplois nouveaux, et ce dans tous les secteurs : médecine, industrie, environnement, services à la personne...
 
Au-delà du terme déjà usé de « Smart City », il faut donc lire entre les lignes et comprendre que l’humain est placé au centre de ces nouveaux projets. Améliorer la vie de chacun et donner la possibilité au citoyen de le faire par lui-même est une perspective résolument ambitieuse et optimiste. Le territoire intelligent suscite en effet de nouveaux espoirs : sécurité, création d’emploi, écologie, solidarité. Contre toutes attentes, la Smart City ne serait-elle pas finalement le nouvel eldorado du 21èmesiècle ?